La solitude au volant d’un tracteur, parlons-en! Pour certains, toute une journée sans parler à personne, ça rend fou. Pour d’autres, ça fait du bien.
Un soir de printemps pendant les semis, un bon voisin à bord de son tracteur s’est arrêté me saluer entre deux champs.
– Salut! Comment ça l’avance?

Parle, parle, jase, jase et il en vient à me féliciter pour mes chroniques avec Agricom. Puis, il me suggère un sujet de chronique: la solitude dans le champ avec son tracteur! (Ça sonne comme le titre d’une chanson country français!)
Pour lui, passer des heures et des heures en tracteur, ce n’est la place qu’il préfère occuper. Il me raconte cette où il avait passé une longue journée au champ, lui pis son tracteur, à travailler le sol sans parler à personne. Le soir en retrournant chez lui, pour savoir s’il avait encore une voix, il a crié tout le long du trajet.
– Les gens que j’ai rencontré sur mon chemin ont dû trouver que j’étais fou!, me dit-il en riant.
Ils n’auraient pas eu tors, parce que lui-même se demandait s’il n’était pas en train de devenir fou après toute une journée seul.
Mon voisin a beau être un agriculteur d’expérience, il préfère être le « gofer » à qui l’on dit « go for this, go for that » toute la journée que de rester enfermé dans la cabine d’un tracteur.
Être gopher qui au printemps, finit les lèvres gercées par le vent, le soleil et la poussière, c’est son rôle préféré. À l’automne, rester dehors pour gérer le séchoir à grain quand le temps est humide et que ça rentre dans les os, il préfère ça au confort du tracteur.
Je le comprend, parce qu’à la ferme chez nous, c’est moi le gopher.
Le voisin repart, je le remercie de son partage et je lui lance : « Eille! Oublie pas, les gopher comme nous, personne s’en passerait! »
Solitude bénéfique
Si vous me demandez mon avis, vivre de la solitude en tracteur peut être une expérience enrichissante. Si vous appréciez la tranquillité, passer du temps seul peut vous offrir l’occasion de vous ressourcer et de profiter de la nature qui vous entoure.
On profite de ces moments pour faire le point sur notre vie, nos objectifs et nos aspirations. On pense à ce qui nous rend vraiment heureux et on utilise ce temps seul pour prendre des décisions importantes.
Pour ma part, je passe moins de temps en tracteur qu’avant. Mes filles ont pris leur place en tant qu’opératrice de machinerie.
Même si je suis le gopher comme mon voisin, j’aime particulièrement ces moment où j’ai la chance de passer de longues heures seule. Un seul problème : ma boîte à lunch est assurément vide rendue à 10h du matin!

Dans la cabine du tracteur, je suis un peu en vacances, comme dans ma chronique Mon tracteur, mon bonheur!
Ça me permet d’observer ce qui se passe autour de moi. J’écoute des livres audios, des podcasts pour enrichir mon esprit.
Bon mais là on s’entend, si vous me connaissez un peu, après un certain temps, ça suffit l’enrichissement. Je mets la musique au fond pis je chante de toutes mes forces, me laissant emporter par la mélodie et les paroles.
Je chante comme si personne ne m’écoute. (Dans le fond d’un champ, y’a vraiment personne qui m’écoute!!!) Je me sens authentique et quand j’ai besoin d’aller au petit coin, mon authenticité ne diminue pas. La créativité d’une femme, ça s’exprime de plein de façons!
En terminant, n’oublions pas que la solitude d’une agricultrice, ça se passe aussi à la maison. Quand on est maman, on reste souvent derrière à faire les tâches ménagères alors que le reste de l’équipe s’amuse au champ. Tiens, tiens, on dirait un autre sujet de chronique!
Sandra Clément is a cash crop grower and mother of three in Embrun. Find more of her articles on journalagricom.ca.