Nous nous sommes trompés. Veuillez nous excuser ! Dans notre édition du mercredi 9 septembre, nous avons indiqué que feu Louis P. Cécile, député provincial de Prescott, était le premier francophone à servir dans le cabinet de l’Ontario. C’est inexact. Jean Poirier, ancien député provincial ayant représenté Prescott et Russell à l’Assemblée législative de l’Ontario de 1984 à 1995, nous a signalé qu’un ministre francophone avait occupé ce poste bien plus tôt, brièvement, en 1904-1905. François-Eugène-Alfred Évanturel est né le 31 août 1846 à Québec et décédé le 15 novembre 1908 à Alfred.

Évanturel obtînt son diplôme en droit de l’Université Laval en 1868. En 1874, il accepta un poste au cabinet du ministre fédéral des Travaux publics et s’installa à Ottawa, où son épouse, Louisa Lee, donna naissance à leurs deux enfants, Stella (1876) et Gustave (1878).

En 1878, Évanturel fut appelé au palais de justice de L’Orignal pour défendre un client francophone unilingue et envisagea d’y faire carrière. Il ouvrit un cabinet d’avocat à Saint-Victor-d’Alfred (aujourd’hui le village d’Alfred) en 1882. Il se présenta comme candidat Conservateur modéré aux élections provinciales de 1883, mais fut défait. Il fut toutefois élu député provincial de Prescott en 1886 sous l’étiquette Libérale. En mars 1887, Évanturel fut appelé à défendre les écoles bilingues à l’Assemblée législative de l’Ontario et souligna la volonté des libéraux d’assurer un enseignement de qualité en anglais dans ces écoles et d’améliorer la formation des enseignants canadiens-français. Le premier ministre Libéral Oliver Mowat défendit le partage des pouvoirs et le respect des minorités religieuses et ethniques. Évanturel travailla en étroite collaboration avec le ministre de l’Éducation, George Ross, à l’élaboration de politiques d’éducation bilingue. En janvier 1890, Ross inaugura la première école modèle bilingue à Plantagenet. Le règlement scolaire publié à l’hiver 1890 exigeait également que les écoles bilingues enseignent davantage de matières en anglais, dans la mesure du possible.

Dès 1887, Évanturel avait manifesté son intérêt à siéger au cabinet provincial. En 1896, le nouveau premier ministre Libéral, Sir Wilfrid Laurier, écrivit au nouveau premier ministre de l’Ontario, Arthur Hardy, lui aussi Libéral, pour le presser de nommer Évanturel au cabinet. Hardy hésita et le nomma plutôt président de l’Assemblée législative, poste qu’il occupa jusqu’en 1902. À cette époque, le président était nommé, contrairement à aujourd’hui où il est élu par tous les députés provinciaux.

À l’automne 1904, Évanturel fut finalement nommé ministre sans portefeuille. Cependant, son mandat fut de courte durée. Le gouvernement Hardy fut défait aux élections de 1905 par les conservateurs menés par Sir James Whitney. Après cette défaite, Évanturel espéra que Laurier le nommerait au Sénat. Cependant, Laurier ne le fit pas, et Évanturel en fut déçu. En guise de consolation, en décembre 1907, Laurier le nomma greffier du Sénat. Évanturel était cependant malade et n’occupa ce poste que pendant moins d’un an. Il décéda à Alfred le 15 novembre 1908.

Dans la région, le secteur situé près de l’intersection de Blue Corner Road et de Bay Road, à l’ouest de L’Orignal, porte le nom d’Évanturel. Le canton d’Évanturel, près d’Englehart, dans le nord de l’Ontario, porte également le nom de François-Eugène-Alfred Évanturel.

Ainsi, bien que François-Eugène-Alfred Évanturel ait été le premier ministre francophone de l’Ontario, son mandat fut bref. Ses contributions furent surtout marquées par son rôle de président de l’Assemblée législative et de fervent défenseur de l’éducation francophone et catholique. Il fallut attendre 1949 pour qu’un francophone de nouveau siège au cabinet provincial, avec la nomination et la présidence du Progressiste-Conservateur Louis P. Cécile.